Projet · B2B outil métier
Stockly Backoffice
L'outil interne où se traite le SAV. Le sujet n'est pas d'afficher de la donnée : c'est de transformer des process réglementaires étalés sur des jours, passés de main en main, en parcours qu'un agent peut suivre sans se tromper.
- agents dessus tous les jours, internes et prestataires
- 35
- dossiers traités par jour
- ~2 000
- le délai de traitement d'un dossier
- < 24 h
- Rôle
- Product Designer
- Années
- 2023 → 2026
- Équipe
- Seul au design · CTO · Devs · Managers ops
- Plateforme
- Web · Desktop
En 30 secondes
- Situation
- Le SAV se traitait à la main : des pages Notion, des boîtes mail, rien de centralisé. Le volume de commandes montait plus vite que la capacité des ops à suivre.
- Mission
- Concevoir l'outil qui absorbe ce volume sans recruter au même rythme : centraliser le dossier, accélérer les actions, faire disparaître les erreurs manuelles.
- Action
- Des journées entières dans la peau d'un agent, l'analyse des actions les plus coûteuses en base, puis des process réglementaires redessinés en parcours guidés.
- Résultat
- 35 agents, près de 2 000 dossiers par jour, et un outil assez lisible pour être confié ensuite à des prestataires externes.
01 · Comprendre
Un SAV qui tenait sur des pages Notion et des boîtes mail
Avant l'outil, le service après-vente se traitait de manière artisanale. Les informations d'une commande vivaient dans des pages Notion, des boîtes mail et des tableurs, sans endroit unique où les réunir. Un agent qui prenait un dossier devait reconstituer l'histoire avant de pouvoir agir.
Le problème n'était pas le confort des équipes, c'était le coût. Avec la croissance du volume de commandes, absorber la charge sans outil voulait dire recruter des agents au même rythme. C'est le calcul qui a lancé le projet.
Ce qui rendait le sujet difficile
- Un dossier mêle deux points de vue : le consommateur qui achète et le retailer qui vend, chacun avec ses données et ses messages
- Les données viennent d'API de retailers différentes, à afficher de manière cohérente alors qu'elles ne le sont pas
- Un dossier passe de main en main : ce n'est pas le même agent qui l'ouvre et qui le clôt
J'étais seul au design, sans PM, en lien direct avec le CTO, les développeurs et les managers ops. Le projet s'est étalé sur plusieurs années : ce n'est pas une livraison, c'est un outil qui a grossi fonctionnalité après fonctionnalité.
02 · Le métier
Apprendre le métier avant de dessiner l'outil
Un backoffice ne se conçoit pas depuis l'extérieur. Les frictions réelles d'un agent ne se voient pas dans une réunion : elles se voient quand on fait le travail. J'ai donc croisé trois sources, dont aucune ne suffit seule.
Cette phase a aussi fixé une contrainte de conception. Les dossiers sont priorisés par complexité : les cas simples partent à des agents freelances, les cas complexes montent vers des profils plus seniors. Tout doit être traité sous 24 heures, avec de nouveaux dossiers qui tombent toutes les quatre à cinq heures. L'interface devait donc rendre visibles l'urgence et la charge, pas seulement les données.
Le terrain dit ce qui énerve, la base dit ce qui coûte. Il faut les deux pour savoir quoi redessiner en premier.
03 · Structurer
Décomposer l'écran pour qu'un dossier se passe de main en main
La première décision a été de faire tenir un dossier entier sur un seul écran, et de figer la place de chaque chose. Un agent qui ouvre un dossier ne cherche pas : il sait déjà où se trouve ce qu'il vient vérifier. Cette mise en page est le squelette de l'outil : tout ce qui s'y est ajouté depuis est venu s'y ranger.
Les identifiants qu'un agent recopie plusieurs fois par jour, et les quatre onglets du dossier : messages consommateur, messages retailer, actions à mener, palette de commandes, avec une pastille sur ce qui attend.
Ce qui a été acheté, vu par celui qui l'a commandé : l'article, son prix, son expédition, ses remboursements. La colonne qu'on lit pour savoir ce qui a été promis.
Une seule conversation, dans l'ordre : messages du consommateur, du retailer et notes internes des ops. Elle ne sert qu'à lire : rien ne s'y décide.
Le même article vu du vendeur : approvisionnement, contrat de transport, automatisations. La symétrie avec la gauche est voulue : c'est en comparant qu'on voit où les deux versions divergent.
Actions rapides, parcours guidés qui s'ouvrent juste en dessous, zone de réponse et modèles. La séparation est nette : on lit en haut, on agit en bas, jamais l'inverse.

Ce découpage répond à une contrainte précise, et pas à un goût pour la symétrie : un dossier ne se traite pas d'une traite. Il s'étale sur plusieurs jours, le temps d'attendre un délai légal, un document, une réponse du retailer. Entre-temps, l'agent a changé. L'état du dossier ne peut donc pas vivre dans la tête de celui qui l'a ouvert.
Concevoir pour la passation, pas pour une session
Ce qui rend un dossier reprenable
- Des statuts qui disent ce qu'on attend plutôt que ce qui s'est passé : « Awaiting demand document » plutôt que « en cours »
- Un emplacement nommé par justificatif attendu, visible même quand il est vide : ce qui manque se lit sans ouvrir l'historique
- Les identifiants toujours au même endroit, parce que ce sont eux qu'un agent recopie pour retrouver le dossier ailleurs
- Une seule conversation, consommateur et retailer mêlés, dans l'ordre : l'historique se relit sans reconstituer le fil
L'interface doit être lisible par quelqu'un qui n'était pas là quand le dossier s'est ouvert. C'est la contrainte qui a le plus structuré l'outil.
Faire tenir une messagerie hétérogène dans un seul fil
La colonne du milieu a été le morceau le plus difficile, à cause des échanges avec les retailers vendeurs. Les emails arrivaient dans une boîte où un LLM les triait pour les rattacher au bon dossier ; il fallait retranscrire tout ça dans l'écran, sans que le fil devienne illisible.
Ce qui devait cohabiter
- Des emails en HTML et CSS, des messages en texte brut et des notifications automatiques
- Le classement du LLM, avec ses conditions techniques, qui décide à quel dossier un message appartient
- Un moyen de signaler une erreur de tri, pour que le système apprenne au lieu de répéter la même faute
Ce dernier point n'était pas une fonctionnalité de confort. Sans retour, un tri automatique se dégrade en silence : l'agent corrige à la main, chaque jour, et personne ne le sait.
04 · Le parcours
Ouvrir une réclamation, écran par écran
Reste à montrer comment on agit dans cette structure. Prenons une réclamation « article défectueux ». Son traitement est encadré par une réglementation qui change selon le pays et le transporteur : des délais légaux à respecter avant d'agir, des justificatifs différents selon le pays d'expédition et de livraison. Rempli comme un formulaire, ce process produit des erreurs. Découpé en étapes, il devient suivable.
Trois règles pour les parcours guidés
- Une étape ne demande qu'une décision, et affiche les données nécessaires pour la prendre au lieu de laisser l'agent les chercher
- Le parcours s'ouvre là où l'agent lit le message, dans le fil du dossier, jamais dans un écran séparé
- Chaque étape rappelle le message du consommateur qui l'a déclenchée, pour que la décision reste rattachée à sa demande
1 / 6 · Le message
Tout part d'un message du consommateur dans le fil : « la capuche de mon sweat présente plusieurs trous ». L'agent a le dossier entier sous les yeux, il n'a rien d'autre à ouvrir.
Six écrans, et pas une seule personne du début à la fin : entre la demande de justificatifs et leur enregistrement, il se passe souvent plusieurs jours, et ce n'est presque jamais le même agent qui reprend. C'est exactement ce que la structure de l'écran doit encaisser.
05 · Impact
Absorber la croissance sans recruter au même rythme
L'outil est utilisé tous les jours par trente-cinq agents, qui traitent ensemble près de 2 000 dossiers par jour. L'enjeu de départ était un enjeu de coût : il est tenu, puisque le volume de commandes a pu monter sans que le nombre d'agents suive la même courbe.
- Dossiers par jour
- Agents
L'axe se lit en multiples du point de départ. Le volume a été multiplié par près de sept quand l'équipe l'était par cinq : l'écart entre les deux courbes, c'est ce que l'outil absorbe. Ramené à la personne, un agent traitait 43 dossiers par jour en 2023, il en traite 57 aujourd'hui.
Les autres effets
- Les parcours guidés ont fait baisser les erreurs manuelles sur les process réglementaires
- L'outil est aujourd'hui utilisé par des prestataires externes : il est lisible par des gens qui n'ont pas grandi avec l'entreprise
- De nouvelles automatisations s'ajoutent en continu, sans refonte : le Design System les fait se ranger dans la structure existante
- Ops internes
- Freelances
- Prestataires externes
7
2023 · 7 agents
15
2024 · 15 agents
23
2025 · 23 agents
35
2026 · 35 agents
L'équipe interne a presque triplé, mais elle n'a plus le monopole du traitement : les freelances arrivent en 2024, les prestataires externes en 2026. Quinze des trente-cinq personnes qui traitent des dossiers aujourd'hui ne travaillent pas chez Stockly.
Au lancement, tout passait par les ops internes : ouvrir un dossier demandait de connaître la maison. C'est l'outil qui a déplacé cette frontière. Les internes n'y ont pas perdu de travail, ils sont passés de 7 à 20 et gardent les dossiers que personne d'autre ne peut traiter, pendant qu'une partie du métier devenait transmissible à des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans l'entreprise.
Ce que je referais autrement tient au démarrage. En arrivant sur un outil déjà chargé de concepts métier, je ne me suis pas donné le temps de me les approprier : à chaque amélioration d'un process existant, il fallait redécouvrir ce qui était là, et souvent refaire.
Sur un outil métier, la phase d'appropriation n'est pas du temps perdu avant de concevoir. C'est la conception.
En résumé
J'apprends le métier en le faisant, je cherche là où il coûte vraiment, et je transforme un process réglementaire en un parcours qu'on peut reprendre en cours de route sans se tromper.
